Côté
français, Gérard Lafay, ancien économiste du Plan,
Jean-Jacques Rosa, professeur à Dauphine, Jean-Pierre Vesperini,
membre du Conseil d’analyse économique, Gabriel Colletis,
professeur à Toulouse et André Vianès, de Lyon, se
sont partagé la tribune.
Côté allemand, une délégation de haut niveau
comprenant le Professeur Joachim Starbatty de l’Université
de Tübingen, Wilhelm Nölling, doyen de
l’Académie des sciences politiques de
l’Université de Hambourg, ancien député
(SPD) et membre du conseil de la Bundesbank et Bruno Bandulet,
consultant indépendant et éditeur à Münich,
ancien collaborateur du président du Land de Bavière
(CSU).
Certains des Allemands présents à ce colloque participent
au groupe qui a entrepris autour du juriste Karl Schachtschneider de
contester les plans de soutien à la Grèce auprès
du Tribunal constitutionnel de Karlsruhe.
Les débats ont mis en relief les contradictions internes de
l’union monétaire européenne, dont les chances de
succès, à supposer quelles aient existé, ont
été obérées au départ par la
féroce déflation des coûts salariaux menée
par le gouvernement Schroeder en Allemagne et par la politique de
l’euro fort consécutive à l’arrivée de
Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque centrale
européenne en novembre 2003 : son prédécesseur
Duisemberg avait eu soin au contraire de maintenir le cours de
l’euro au plus bas et donc à portée des pays les
plus vulnérables.
Parmi les solutions alternatives, les participants ont envisagé,
sans en exclure aucun, différents scenarios, depuis le plus
libéral : retour au monnaies nationales avec flottement
généralisé, jusqu’aux plus structurés
: monnaie commune, nouveau système monétaire
européen de parités fixes et ajustables, sans oublier la
possibilité d’une Europe multizone (un euro du Nord et un
euro du Sud), qui pose la question de ce que serait la place de la
France. Les participants au forum ont promis de se revoir pour examiner
notamment comment pourrait s’opérer une sortie
ordonnée de l’euro.
Contrairement à la doxa officielle qui tend à opposer aux
Allemands, premiers de la classe, les Français mauvais
élèves de l’euro, l’opposition à
l’euro est au moins aussi forte en Allemagne qu’en France,
non seulement dans l’opinion mais aussi parmi les experts : les
positons du Pr Hans Werner Sinn, président de l’IFO de
Münich, le plus important institut de recherche économique
allemand sont ainsi de plus en plus critiques vis-à-vis de la
monnaie unique.
Mais face à cette division de l’opinion, le prisme
politique a, des deux côtés du Rhin, le même effet
déformant : l’opposition ouverte à l’euro est
cantonnée aux partis extrémistes (surtout
l’extrême gauche en Allemagne) et à quelques
personnalités atypiques du « mainstream »,
les participants allemands (et naturellement français) au
colloque de Lyon se rattachant à celles-ci. Mais dans les partis
classiques, UMP et PS ici, CDU et SPD là, la pression de la
pensée unique est au moins aussi forte en Allemagne qu’en
France.
C’est pourquoi les eurocritiques allemands comptent beaucoup sur les Français : «
L’Allemagne a provoqué d’immenses
dégâts en 1914, elle a détruit l’Europe en
1940, elle ne peut se permettre la moindre initiative qui pourrait
laisser penser qu’elle veut mettre à bas
l’édifice européen actuel : c’est aux
Français de prendre l’initiative », dit un des participants allemands. «
Si on regarde les chiffres de PIB, l’euro, c’est
d’abord l’Allemagne et la France, les autres ne comptent
guère, c’est à eux qu’il convient de prendre
les choses en mains », dit un autre.
Aussi curieux que cela paraisse, après cinquante ans de
construction européenne marquée par le primat de
l’économie, le monde des économistes
français et celui des économistes allemands
s’ignorent largement. Qu’une rencontre de ce type ait pu
avoir lieu sous les auspices non point de la monnaie unique mais du
souci de la dépasser n’est un paradoxe qu’en
apparence. Il pourrait montrer que la fin de l’euro ne signifie
pas nécessairement la fin d’une Europe fondée sur
une étroite coopération franco-allemande.