Lundi 16 mai 2011 - Courrier au garde des Sceaux

Suicide en prison : faut-il emprisonner des malades psychiatriques ?

Le 16 mai dernier, j'ai interpellé le ministre de la justice à la suite du suicide d'un détenu de 45 ans à la maison d'arrêt de Corbas. Je lui demandais alors s'il fallait incarcérer des personnes fragiles atteintes
de troubles psychiatriques. Voici la lettre que je lui ai envoyée.


Monsieur le Garde des Sceaux,

Lors de sa première incarcération, un homme de 45 ans s’est suicidé par pendaison dimanche 15 mai à la maison d’arrêt de Corbas.

Comme le demandent sa famille et ses proches, il est nécessaire de faire toute la lumière pour comprendre les raisons pour lesquelles il s’est donné la mort.

Il faut rappeler que 32 suicides ont été recensés depuis le 1er janvier 2011 dans les établissements pénitentiaires.

Une nouvelle fois est posée la question récurrente : faut-il incarcérer des personnes fragiles atteintes de troubles psychiatriques ? C’est le cas de cette personne. Il est permis de mettre en doute que la prison soit la solution. Cette première condamnation à six mois de détention justifie-t-elle l’incarcération hors de toute disposition mieux appropriée à son état ?

Lorsque 30 % des personnes incarcérées à Corbas sont atteintes des troubles mentaux de niveaux divers, la prison ne devient-elle pas une impasse terrifiante, un exutoire sans issue ?

A Corbas, 50 % des détenus sont en attente de jugement, ils sont présumés innocents et malgré cela en détention. Il serait temps de reconsidérer cette situation.

Comment cet homme de 45 ans qui a mis fin à ses jours a-t-il vécu son incarcération ? Connaissant ses précédentes tentatives liées à son état de santé, sommes-nous vraiment en mesure d’apprécier l’énorme traumatisme eu égard à son état psychologique et psychiatrique ?

Je le sais pour avoir rencontré les personnels, malgré l’accueil et la vigilance, ce drame n’a pu être empêché et je sais combien les agents de l’administration pénitentiaire sont traumatisés.

Ce suicide remet à nouveau en question la politique judiciaire pour mettre fin à des emprisonnements de courtes peines concernant des personnes relevant de la psychiatrie.

Il est temps que la prison ne soit plus un moyen d’échapper aux questions que la société tente d’éluder.

Ce nouveau drame à la maison d’arrêt de Corbas constitue un cri d’alarme. Nous ne pouvons plus accepter que des détenus mettent fin à leurs jours. C’est indigne de notre pays.

Il est urgent d’organiser sans délai un débat parlementaire sur la mise en œuvre de la loi pénitentiaire.


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