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Mardi 14 juin 2011 - Déclaration
André Chassaigne : "J'en appelle solennellement aux communistes"
Les
délégués présents à la Conférence nationale ont adopté par 63
% des voix la résolution soumise désormais au vote des communistes.
Ce texte est plutôt satisfaisant, tant sur l’analyse de la
situation sociale et économique que sur les enjeux politiques. Il
développe fort bien l’exigence d’une nouvelle pratique politique
pour que les Françaises et les Français se réapproprient la
politique et prennent en main leur avenir.
Mais cette
résolution conclut de façon surprenante à une seule candidature
possible aux présidentielles,réduisant ainsi le Front de gauche à
une alliance de sommet et conditionnant sa réussite au choix d’un
candidat incontournable.
La Conférence a cependant décidé à
79 % de faire figurer l’ensemble des candidatures pour l’élection
présidentielle sur le bulletin de vote. C’est un énorme progrès
démocratique pour notre parti : cette reconnaissance de la
souveraineté des communistes est une réponse incontournable à
l’exigence convergente d’une majorité de communistes, relayée
par de nombreuses fédérations. J’y vois aussi, pour ma part, un
atout de poids pour mobiliser le plus grand nombre de communistes à
l’issue du vote qui désignera le candidat unique du Front de
gauche aux élections présidentielles.
Depuis, cette avancée
a malheureusement motivé beaucoup de fébrilité pour en limiter la
portée, en dévoyant notamment mon point de vue.
Pourtant,
mon positionnement a toujours été sans ambiguïté.
A chaque
fois que j’ai eu l’occasion de m’exprimer sur le sens de mon
offre de candidature, que ce soitau 35ème Congrès du Parti
Communiste Français le 20 juin 2010, durant la Fête de l’Humanité
le 8 septembre 2010, lors du Conseil National du 7janvier 2011 suivi
de l’Assemblée des animateurs de sections le 8 janvier, lors du
Conseil national du 8 avril 2011 ou durant la Conférence nationale,
j’ai toujours cherché à expliciter ma conception du Front de
gauche comme instrument d’une dynamique populaire nouvelle, et
appelé à un débat serein et respectueux de toutes les convictions
au sein de notre parti, comme au sein du Front de gauche.
Certes,
j’ai donné mon sentiment quelques jours avant la Conférence
nationale sur le besoin qu’exprimaient les communistes de se voir
offrir un choix sur l’ensemble des candidats ayant fait acte de
candidature lors du Conseil national du8 avril. C’est qu’il
s’agissait, de mon point de vue, d’un engagement élémentaire
pour une organisation comme le Parti Communiste Français,qui place
le respect des valeurs démocratiques au cœur de ses statuts et de
ses résolutions.
J’ai par ailleurs, à plusieurs reprises,
assuré que je m’en remettrai sur ce point au choix de la
Conférence nationale de notre Parti en application de nos statuts,
avant le vote des militants prévu les 16, 17 et 18 juin prochain.
C’est ce que j’ai fait.
Ma proposition de candidature est
donc restée inchangée sur le fond comme sur la forme. J’ai redit,
lors de la Conférence nationale, les deux priorités que je plaçais
au cœur de ma démarche :
- Le besoin pour le Front de
gauche, comme outil de rassemblement à gauche, de faire monter dans
l’ensemble du peuple de France, l’exigence de mesures
indispensables pour un changement réel dans notre pays, et pour
améliorer la vie du plus grand nombre. Je pense plus
particulièrement à la maîtrise financière et au carcan
européen.
- La nécessité pour le Front de gauche d’être
le moyen d’implication populaire dans le débat politique,le lieu
d’élaboration collective des contenus de la transformation sociale
et écologique. Cet enjeu essentiel exige de rompre avec le formatage
des pratiques politiques actuelles, qui jouent sur la
personnalisation et la médiatisation artificielle au détriment
d’une démarche novatrice d’implication du plus grand
nombre.
Malgré cette volonté de clarté continue sur ma
démarche, au service de la volonté de rassemblement au sein du
Front de gauche exprimé par notre parti, le débat légitime qui
anime les communistes sur les différentes propositions soumises au
vote s'est quelquefois égaré depuis la Conférence nationale.
Allant chercher dans le registre du manichéisme, agitant la menace
que ma désignation briserait le Front de gauche, des argumentaires
simplistes essaient de faire renaître des clivages que nous avions
alors réussi à surmonter. Ils sont en décalage profond avec la
teneur des échanges des communistes. De même, des réactions
insistent désormais sur le caractère « déplacé» des soutiens de
certains militants communistes à ma candidature. Il y a quelques
semaines, j’étais caricaturé en « marionnette au service de la
direction ». Voilà que je serais subitement devenu un fossoyeur
instrumentalisé par une autre « partie » des militants
communistes.
Est-ce
ainsi, par des accusations répétées, que nous concevons le respect
des convictions, des engagements et de la parole de chaque militant
communiste au sein de notre maison commune ? Ou s’agit-il
simplement de faire diversion pour déplacer le débat sur les
interprétations fantaisistes des uns et des autres ?
Ces
jugements à l’emporte-pièce se situent à l’opposé de notre
volonté de rassembler tous les communistes dans la perspective d’un
engagement total de tous dans les échéances à venir. Je le redis
avec force : il n’y pas de bons ou de mauvais communistes. Les
convictions des uns et des autres ne méritent ni raccourcis ni
interprétations.
Pour alimenter la réflexion décisive des
adhérents de notre parti sur les choix pour 2012, il n’est pas
nécessaire de les infantiliser ! Je crois qu’avec leurs valeurs,
leurs convictions, leur expérience, ils méritent mieux que des
échanges fondés sur la stigmatisation et le chantage.
Quant
à l’argument disant que ma candidature ferait courir un risque à
l'accord législatif, il me semble,pour le moins, fallacieux. Cela
voudrait dire que cet accord n'a été réfléchi et discuté que
dans le cadre d'une seule possibilité de candidature à la
présidentielle. Or, cela n'a jamais été dit comme tel. Affirmer
aujourd’hui cette condition reviendrai a posteriori à dire que mon
offre de candidature était construite sur un leurre. Quel mépris
pour mon engagement et plus largement pour celui de tant de
communistes ! Cette référence à un corsetage de l’accord
législatif avec les autres forces du Front de Gauche s'apparente à
une forme de pression envers les communistes, il écarte aussi le
débat de fond sur la conception du Front de Gauche.
Nous
pouvons difficilement nous engager à construire du neuf avec de
telles pratiques dans l’exercice démocratique au sein de notre
parti. Alors que le choix très majoritaire des délégués à la
Conférence nationale a été fait pour garantir la souveraineté des
communistes sur leur choix, il est totalement contre-productif
d’essayer désormais de les diviser en jetant de tels doutes. Pis
encore, ce type d’argument est à l’opposé de l’éthique même
de notre rassemblement, fondé sur la transparence d’une démarche
collective et citoyenne.
Je le répète, mon offre de
candidature ne souffre d’aucune sorte d’instrumentalisation. Elle
est dépassionnée, sincère, dénuée de considérations
boutiquières sur les agissements supposés des uns et des autres. Je
crois d’ailleurs m’être astreint quant à moi à la plus grande
transparence sur le sens de ma démarche et sur ma conception du
rassemblement au sein du Front de Gauche, comme du rôle que doit
tenir notre parti dans ce cadre collectif, et sur mon attitude si ma
candidature n’était pas retenue.
Je le réaffirme, c’est
au service du Front de Gauche et de sa réussite que s’inscrit ma
candidature. Je m’engage à porter le programme populaire et
partagé et une ambition commune sur les législatives, dans le
respect des partenaires et avec une pleine existence du PCF. Aussi,
j’appelle les communistes à se prononcer librement, en conscience,
sur les choix qui leur sont offerts. J’appelle solennellement tous
les communistes à s’investir, quel que soit leur choix, lors du
vote des 16, 17 et 18 juin… et bien évidemment après!
André
Chassaigne
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