|

Mercredi 8 juin2011 - Question écrite au ministre du travail
Anciens verriers de Givors : cancers professionnels non reconnus !
Monsieur
André Gerin attire l’attention de M. le ministre du travail, de
l’emploi et de la santé sur la situation des anciens verriers de
Givors ayant été exposés à des produits cancérogènes durant
leur activité professionnelle.
En effet, nul n’ignore que
le nombre de cancers professionnels reconnus est notoirement
inférieur à la réalité vécue par les ouvriers de ce pays.
Lorsque l’on constate que les ouvriers sont deux fois plus touchés
par cette maladie que les cadres. Où peut se situer la cause
différente sinon dans les conditions de travail ?
Or, les
anciens salariés de la verrerie de Givors – qui appartient à BSN
Glasspack, repris aujourd’hui par O.I.-Manufacturing dont le siège
social est à Villeurbanne (69) – sont en difficulté à voir
reconnaître leur maladie professionnelle.
D’une étude de
santé sommaire réalisée par leur association, parmi leur
population et sur 208 réponses exploitées, il apparaît que le taux
de cancers déclarés dans leurs rangs est dix fois supérieur à
l’étude ESTEVE réalisée par les médecins du travail sur une
population de vingt mille salariés. Aucun ne s’est vu reconnaître
la maladie professionnelle pour les produits toxiques utilisés, hors
l’amiante.
Une étude des sols de cette ancienne verrerie,
diligentée par Monsieur le Préfet du Rhône, a conduit ce dernier à
limiter, par arrêté en date du 6 mars 2006, la réutilisation de
cet espace libéré. Le site est réservé aux activités économiques
à dominante industrielle,commerciale ou artisanale ; interdit aux
aménagements et activités sensibles : jardins d’agrément,
d’enfants, potagers, terrains de sports,aires de stationnement pour
les gens du voyage, crèches, écoles, établissements sanitaires et
constructions à usage résidentiel y compris les résidences
hôtelières.
Après traitement de la friche industrielle, le
sol demeure gravement pollué, certaines parties ne devant même pas
être retournées ;hydrocarbure, chrome, plomb, arsenic, etc. y
demeurent enfouis, « compactés ».
Une étude très
approfondie sur la pollution des sols et des eaux a été menée.
Mais il est regrettable de constater qu’aucune étude sur
l’intoxication possible des hommes n’a été conduite ni pendant
l’activité de l’entreprise, ni après, puisque les demandes des
anciens verriers d’une étude épidémiologique formulée lors
d’une réunion avec les autorités sanitaires compétentes a été
rejetée.
D’autre part, force est de constater
qu’O.I.-Manufacturing, repreneur de l’entreprise, s’est
toujours refusé à délivrer les attestations individuelles
d’exposition aux produits toxiques, contrairement aux obligations
qui lui en sont faites par le Code du travail (article
R4412-58).Pourtant, les procès-verbaux du Comité d’établissement
et du CHSCT, ainsi que les fiches de produits utilisés dans la
fabrication du verre creux dans cette entreprise, font état de
l’utilisation constante de produits cancérogènes, dont les
anciens salariés ont dressé état.
La reconnaissance de la
maladie professionnelle implique que soit établi le « lien
essentiel et direct » entre le salarié, le poste de travail,les
produits toxiques utilisés et la durée d’exposition. Or, ceci ne
peut être établi que par l’employeur et le médecin du travail.
Le refus de cette formalité prive l’ancien salarié de la
reconnaissance de cause professionnelle à sa maladie.
Le
député demande donc à Monsieur le Ministre les mesures qu’il
pense initier pour faire respecter le Code du travail en la matière
; les moyens qui seront mis en œuvre pour que les anciens verriers
de Givors exposés aux produits cancérogènes, durant leur activité
professionnelle,puissent bénéficier de la reconnaissance de maladie
professionnelle le cas échéant ; qu’une étude épidémiologique,
orientée vers les salariés et la population environnante, soit
systématiquement diligentée lorsqu'est ouverte une enquête sur la
pollution des sols et des eaux sur les friches industrielles.
Version imprimable
Retour
|
|